Dans L’Equipe du 13 février, un petit article en bas de la page 8 passe pratiquement inaperçu. Il relate un discours de Bernard Laporte (secrétaire d’Etat aux sports) sur la gouvernance du sport de haut niveau.
Extraits de l’article: » ‘Je souhaite une véritable réforme de la gestion du sport de haut niveau en France’, a-t-il d’abord lâché. Soit mais comment? D’abord en ‘renforçant le rôle de l’Etat dans l’évaluation des politiques fédérales’. Souvent l’administration reconduit d’année en année les conventions d’objectifs par lesquelles le ministère finance, en partie, l’action des fédérations, sans pousser très loin l’analyse stratégique. A l’avenir, l’adéquation entre moyens demandés et objectifs visés, réalisés ou manqués devra être beaucoup plus finement examinée. Dans le même temps, la ‘sédimentation des responsabilités’ et ‘ l’enchevêtrement des compétences‘ dénoncés par le secrétaire d’Etat, s’agissant de ‘modes d’intervention qui datent de plus d’une cinquantaine d’années‘, seront combattus« . Pour mettre en place ce projet, le secrétaire d’Etat annonce une rénovation de la Commission nationale du sport de haut niveau (CNSPHN), organisée par un décret du 29 avril 2002.
Là on comprend mieux pourquoi on nous a gonflé à la rentrée en janvier 2008 avec « l’évaluation » de l’action des ministres du gouvernement par un cabinet privé, en fonction d’indicateurs synthétiques (type le nombre de clandestins expulsés pour évaluer l’action de Brice Hortefeux). On se doute bien que le chef du gouvernement (Fillon ou Sarkozy?) en fera ce qu’il voudra et qu’en termes d’indicateurs, les chiffres donnés par les sondages seront mobilisés en priorité pour un éventuel remaniement ministériel. François Hollande a d’ailleurs fait une remarque intéressante (il est meilleur dans la critique que dans la proposition celui-là) sur les dérives de la démocratie que représente ce passage à l’évaluation des ministres par un cabinet privé: c’est le parlement (élu par le peuple français) qui évalue l’action du gouvernement.
Mais de toute évidence, cette affichage de l’évaluation des ministres remplira une fonction bien précise, celui de légitimer l’emploi de ces mêmes indicateurs pour évaluer l’ensemble de la fonction publique: si les ministres l’acceptent, pourquoi pas l’employé de la poste, ou le professeur d’histoire-géographie?
Première étape donc, le service public du sport, les sportifs étant habitués à être jugés sur leurs performances, c’est dans ce secteur que la pilule sera (pense-t-on) la plus facile à faire passer.
En un sens, le gouvernement actuel poursuit la voie ouverte par le gouvernement Jospin dans la réforme des finances publiques, avec la LOLF du 1er août 2001 (qui, en matière de budget de l’Etat, remplace le cadre gaullien de l’ordonnance organique du 2 janvier 1959).
Mais le gouvernement va au-delà de cette recherche d’une plus grande maîtrise des dépenses publiques en s’inspirant de l’expérience britannique de réforme du service public, menée sous les deux premiers gouvernements de Tony Blair. Ces expériences ont notamment été décrites par P. Le Galès qui montre comment on a adopté, en référence à la théorie du choix rationnel, une logique d’évaluation des performances individuelles des agents par des indicateurs synthétiques (des notes, en quelque sorte) et de classement (ranking) des agents et des services, visant à offrir un meilleur service (de santé, d’éducation, de sécurité, etc.) aux usagers mais aussi, et surtout, à empêcher les agents évalués de s’installer dans des routines, en changeant en permanence les critères d’évaluation, afin de les maintenir sous pression et de faire de chacun d’eux un homo economicus sur pattes.
Le discours Bernard Laporte est-il le prélude à l’implantation en France de ces politiques d’évaluation? Ces politiques seront-elles cantonnées à certains secteur ou bien à l’ensemble du service public, pour qu’il devienne « efficace« ? Et l’éventuelle généralisation de ces politiques aura-t-elle les mêmes effets en France qu’en Angleterre? En quoi affectera-t-elle la politique du sport de haut niveau en France?