Dans L’Equipe du 27 mars 2008, Serge Simon tient une chronique sur le rugby. J’aime bien Serge Simon, et il a de bonnes idées, même si je suis pas forcément fan de son style ampoulé, où on met des mots compliqués (“apophtegme”, “procrastination hérétique”) pour bien faire comprendre au lecteur qu’on fait partie des sportifs intelligents et cultivés.
Dans sa chronique d’hier, intitulée “Travailler moins pour gagner plus” (je crois que Serge Simon est plutôt de gauche, ce qui fait toujours plaisir quand on a vu comment le rugby a été instrumentalisé par Sarkozy lors de la dernière coupe du monde, avec la complicité active de Bernard Laporte), Simon revient sur la question des calendriers, des cadences des matchs et de la santé des joueurs dans le rugby professionnel. Il rappelle que la solution qui a été trouvée dans l’optique de la dernière coupe du monde a été, dans la mesure où il été quasiment impossible de toucher au calendrier des matches, la gestion individuelle du nombre de matchs joués. En l’occurrence, les joueurs ne devaient pas jouer plus de huit matchs consécutifs, nombre au-delà duquel ils devaient obligatoirement observer une période de repos.
Pour Simon c’est une “révolution”, dans la mesure où un joueur “serait sorti de la logique de performance par seul souci de précaution sanitaire“. Et d’ajouter: “La gestion individuelle avec nombre de matches consécutifs et totaux limité est certainement la voie à suivre aujourd’hui et demain. Mais celle du global n’est pas à abandonner pour autant“.
S. Simon soulève là un problème qui dépasse la cadre du seul rugby, et qui affecte la plupart des sports professionnels, le football et le handball notamment. Le problème des cadences, du nombre de matches joués et de leur impact sur la santé des joueurs et des risques de dopage que cela entraîne y est criant. Le comble est probablement atteint par le handball, où l’on joue les compétitions internationales tous les ans (Championnat d’Europe les années paires, Championnat du monde les années impaires), au beau milieu de la saison régulier (entre décembre et janvier-février en général), sur une période très courte. Le dernier championnat d’Europe a dû se jouer en moins de quinze jours, avec quasiment un match par jour. D’ailleurs, Onesta, le sélectionneur de l’équipe de France, s’est exprimé de manière virulente sur ce sujet, tout en sachant qu’il ne serait pas entendu et encore moins écouté, la Fédération Européenne de Handball se foutant royalement de ces questions là, et se souciant uniquement des intérêt des Allemands. Les joueurs sont en permanence sur le fil du rasoir, et où l’engagement physique est toujours plus fort et les contacts de plus en plus violents. La professionnalisation du sport a, comme ailleurs, profondément changé la morphologie des joueurs, qui ressemblent de plus en plus à des Goldoraks. D’ailleurs, lors d’une retransmission d’un match de championnat récemment sur Eurosport, des joueurs de rugby venus assister au match se sont déclarés impressionés par la carrure des joueurs de handball. Un comble!
La répétition des matchs met en danger la santé des joueurs et pose de sérieux risques de dopages. Certaines personnalités du sport professionnel (Zdenek Zeman, Pierre Berbizier) ont tiré la sonnette d’alarme, mais tout le monde s’est empressé de les accuser de cracher dans la soupe.
On met actuellement en place des institutions internationales pour lutter contre le dopage, mais cette lutte ne pourra être efficace si elle se limite à la répression individuelle des infractions, et qu’on refuse de s’attaquer à la question des calendriers et à la gestion collective et individuelle des temps de jeu.
Certes la gestion individuelle des temps de jeu pose des problèmes: en particulier, elles risquerait de voir s’accentuer l’écart sportif entre les clubs les plus riches et les clubs les moins riches, les premiers pouvant gérer la limitation des matches joués individuellement par un gonflement des effectifs. Il n’empêche que c’est une idée (de même que celle de la refonte des calendriers) qui demande à être creusée collectivement, en impliquant tous les acteurs (joueurs, clubs, fédérations nationales et internationales) des sports concernés.