août 23, 2008...8:07

Arbitrage et injustice dans le sport

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Tous les week-end, on a le spectacle lamentable des présidents ou entraîneurs de clubs de football professionnels criant au complot pour n’importe quel hors-jeux litigieux. Dans le foot pro, l’arbitre est toujours le bouc émissaire idéal de toutes les défaites et permet de se défausser de ses responsabilités.

Il est très important de défendre la fonction d’arbitre, de protéger les arbitres et de leur permettre d’accomplir sereinement leur métier, mais il y a quelque chose qui me gêne dans certaines façons de défendre les arbitres, c’est qu’on a l’impression que d’un côté il y a les arbitres, qui sont par nature bons et généreux, et de l’autre les sportifs, les dirigeants et les supporters, qui dans leur majorité sont des gros cons.

Or il y a plein de sports où l’arbitrage est un vrai problème, en particulier les sports de combat (judo, boxe, , lutte, escrime, taekwondo, etc.), qui met tout simplement ces sports en danger. Tout simplement, parce que la compétition (la hiérarchisation des performances) nécessite l’égalité de traitement et des conditions de participation des sportifs, sinon la victoire est dévaluée (c’est pour ça que le dopage constitue lui aussi une menace pour le sport, voir l’entretien de Peter Sloterdijk paru dans Courrier international cet été, où il prédit que le dopage va finir par entraîner la disparition du sport moderne). On l’a bien vu pendant ces JO, où il y a eu plusieurs affaires, litiges ou scandales qui ont beaucoup fait parler.

Tout d’abord, il y a eu l’affaire Ara Abrahamian, lutteur suédois qui a quitté le podium olympique et posé par terre sa médaille de bronze pour protester contre une décision d’arbitrage en demie-finale. Il estimait que cette décision était injuste et avait permis à son adversaire d’aller en finale. Finalement, le CIO lui a retiré sa médaille pour ce geste.

Invité à commenter cette décision sur le plateau de France 2 pour laquelle il est consultant pendant les JO, Fabien Galthié (ancien joueur de rugby et international français, aujourd’hui entraîneur du Stade Français) à déclarer grosso modo que c’était une bonne décision, parce que l’arbitre fait partie du jeu, et qu’on doit respecter ses décisions, même si elles semblent injustes, et que le geste d’Abrahamian était un manque de respect, envers l’arbitre tout d’abord, mais aussi envers les autres concurrents, etc.

Personnellement, je trouve ça un peu court. Ok, si on se place dans le strict cadre de la compétition, le sportif doit toujours accepter les décisions de l’arbitre, et surtout ne pas se focaliser sur l’arbitre, sous peine de complètement sortir du match. D’ailleurs, la marque des grands champions c’est de toujours être capables de se relever d’une injustice. Sur le terrain. Après, faut aussi voir à pas être systématiquement pris pour un con. La France en a fait les frais plusieurs fois pendant les JO: Laura Flessel en escrime, où l’entraîneur de son adversaire chinoise fait carrément rejouer un point parfaitement valide qui donnait la victoire à Flessel, en boxe il y a eu Alexis Vastine et Jaoid Chiguer qui se sont fait voler leur match par des arbitres. En judo, il y en a encore eu de belles. Et puis il y a eu le handball féminin, avec le quart de finale France-Russie, avec un beau festival d’ »arbitrage-maison » pour la Russie, avec le résultat que l’on sait.

Evidemment, tout ça le sportif ne peut rien y faire. Et il n’a aucun intérêt à se mêler de ça, c’est déjà assez difficile de s’occuper du jeu. Mais je pense qu’il serait grand temps que les instances sportives françaises se penchent sur la question, et que nos équipes nationales ou nos représentants ne soient pas systématiquement les dindons de la farce. Ce serait beaucoup plus utile que tout le pataquès autour de l’expulsion (logique) de Zidane pour son coup de boule sur Materazzi. Pourquoi, parce que tout ça se joue en amont du terrain lui-même, dans les fédérations internationales, où les commissions d’arbitrage, dans les organes de pouvoirs dans lesquels la France brille par son absence, n’arrive pas (ou ne cherche pas) à faire d’entrisme. Alors on pleure un coup à chaque fois, puis on dit que c’est le sport et qu’on n’y peut rien. Et on attend que ça se reproduise. On est trop gentil en France. Trop respectueux du point de vue d’autrui.

Exemple: la demie-finale de la Coupe du monde de Handball 2007 opposant la France à l’Allemagne. C’est tout simplement le plus gros scandale d’arbitrage auquel j’ai jamais assisté dans du sport médiatisé. Après un truc comme ça, on aurait dû marquer le coup, refuser de jouer le match pour la troisième place. Essayer de faire bouger les choses: tout le monde sait que la fédération internationale de handball est une « mafia » (je cite Claude Onesta, le sélectionneur de l’équipe de France) pilotée par les Allemands, qui y font ce qui veulent.

Idem au judo, où tout le monde dit que lorsqu’un européen affronte un asiatique et que l’arbitre vient d’un autre pays asiatique, il avantage le concurrent de son continent.

Au rugby, il y a souvent deux poids deux mesures dans les décisions de l’IRB selon que le joueur vient d’un pays anglo-saxon ou pas.

Au demeurant, on avait déjà fait le constat de la faiblesse de la France dans les grands organes sportifs internationaux en 2005, lors de la désignation de la ville organisatrice des JO 2012, où Paris avait été battue sur le fil par Londres.

Je pense qu’il faudrait que la France ait une vraie réflexion sur la question, non pas pour profiter elle aussi de certaines largesses arbitrales, mais au moins pour ne pas en être trop souvent victime. ça aiderait peut-être les Français à moins souvent crier au loup.

Bon, sinon y a toujours la solution adoptée par Angel Matos au Taekwondo, mais ça c’est pas très efficace, et c’est manquer d’esprit sportif.

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